Boris Gasiorowski, l'actuel programmateur du théâtre La Reine Blanche est un ancien élève de l'école du commerce de l'art et de l'action culturelle, l'Icart. Je l'ai rencontré afin qu'il nous parle de son parcours et nous donne son avis sur les spectacles en île-de France. Écoutons se qu'il a à nous dire...
Thomas Paulvaiche : Tu es donc un ancien élève de l' ICART, comment s'est passée cette scolarité?
Boris Gasiorowski :J’ai adoré mes années « icartiennes » car on a réalisé un grand plongeon dans toutes les dimensions de l’Art ! Quelle est son histoire ? Comment le met on en lumière ? Comment peut –on le vendre ? Quels sont les principaux acteurs de l’Art aujourd’hui ? Comment devenir un acteur dans le monde de l’Art ? … Je suis un passionné et j’étais ravi de pouvoir parallèlement à mes études à l’ICART appréhender le terrain via des stages très éclectiques : assistant du régisseur et de l’attaché de presse de l’Olympia, assistant à la direction artistique de Nulle Part Ailleurs sur Canal+, assistant de rédaction pour l’émission sur Un Petit Nuage sur France Inter, et bien d’autres choses passionnantes ! Quelle chance de pouvoir mettre en pratique ce que tu apprends en cours. J’ai une grande nostalgie par rapport à ma vie étudiante, je l’ai savourée au maximum tout en constituant mon carnet d’adresses que je continue à enrichir chaque jour. J’ai beaucoup apprécié le fait d’avoir des enseignants en prise directe avec le terrain via leur métier qu’ils continuaient d’exercer en parallèle : commissaires-priseurs, experts en art antique et contemporain, historiens de l’art, organisateurs de festivals, attaché de presse, photographe, journalistes…

T.P. : Peux-tu nous parler de ton parcours dans le domaine de l'action culturelle?
B.G. :Il a commencé très tôt ! J’avais 17 ans quand j’ai monté dans mon village poitevin une maison des jeunes pour notamment la pratique de l’art : atelier peinture, atelier musique, atelier théâtre, organisations de soirées, organisation de conférences autour de l’art…
Au lycée j’avais constitué une équipe pour organiser des expos et rencontres avec des artistes internationaux : Belgique, Chili, Allemagne, Pologne…
A Paris j’ai œuvré pour de nombreux festivals : Paris Quartiers d’Eté, Solidays, Barbés Tour, Fête du Printemps Fête de la Musique, Fête de la Rentrée
T.P. : Tu es programmateur au théâtre La Reine Blanche, Comment en es-tu arrivé là ?
B.G. : C’est le fruit du terrain ! Pendant trois ans de 2003 à 2006 j’étais programmateur d’un café spectacles à Belleville. J’organisais des soirées du mercredi au samedi des concerts, spectacles de danse, pièces de théâtre, projections vidéo, … fin 2005 à mi 2006 j’organisais des soirées avec plateaux d’artistes suivi d’un concert… là un prof de théâtre de la Reine Blanche qui préparait son one man show est venu me voir à la fin de l’une des soirées que j’organisais en me disant : « je prépare mon one man show, pourriez vous me faire passer une audition au théâtre La Reine Blanche. » J’ai donné mon accord, je lui ai fait passé l’audition dans le grenier du théâtre qui était en travaux à l’époque. Ensuite j’ai souhaité voir la salle en travaux et là j’étais stupéfait ! J’avais face à moi le lieu qui pouvait me permettre de réaliser mon rêve : programmer un théâtre. Je n’ai pas perdu une seconde pour dire à ce professeur de théâtre que je rêverais pouvoir un jour programmer un tel lieu…
Six mois plus tard, j’ai rencontré une coach qui m’a fait revenir sur tout mon parcours personnel et professionnel. Le lendemain je recontacte le théâtre la Reine Blanche, j’ai envoyé mon CV jonché d’expériences à la Direction.
Mon réseau et parcours les a intéressés. Quinze jours après je passais mon entretien, je leur ai fait écouter sur cd un ensemble d’artistes de la chanson que je pouvais leur proposer et tout s’est enchaîné avec succès. Je continue beaucoup à apprendre.

La salle de La Reine Blanche
Dans nos métiers on apprend tous les jours, tant les moyens de communication et réseaux de diffusion évoluent sans cesse. La lassitude n’existe pas ! Remplir une salle, c’est un challenge de tous les jours. Paris est un festival permanent tant la diversité des propositions est dense !
T.P. : Dans ton métier, il est important de se tenir au courant des festivals qui se déroulent en Ile-de-France, y participes-tu souvent? et si oui comment choisis-tu le type de ces festivals?
B.G. : Je dirais même les festivals de Paris certes mais aussi de province ! J’ai fait des superbes découvertes au festival de musique du Printemps de Bourges (Les Tistics, Tram des Balkans…) …) mais aussi au festival « Alors Chante ! » de Montauban (Buridan, Le Larron…) et l’incontournable festival Off de théâtre d’Avignon.

Photo du spectacle d'humour musical "les Franglaises" de la troupe, les Tistics
J’ai une oreille plus attentive au Off de ces festivals car vu notre jauge (193 places assises) je ne vais pas aller voir des grosses pointures hors de budget dans le IN, car notre théâtre ne produit pas de spectacles vu qu’il n’est pas subventionné mais privé.
Nous sommes plus un théâtre tremplin. Donc je fais mon travail de découvreur de talents. Nous proposons aux artistes des coréalisations ou locations de notre théâtre. C’est un réel plaisir de pouvoir faire ensuite découvrir à mon tour au public ces belles découvertes !
Il est indispensable d’aller chaque année à ces festivals car c’est un puits de contacts et de découvertes indispensables.
T.P. : En as-tu déjà créé ?
B.G. :Oui, j’ai participé à la création de pas mal de festivals parisiens : Le Barbès Tour en partenariat avec la Goutte d’Or, le Cabaret Sauvage, et la boîte de tour management Une Autre ! Un défilé de chars musicaux avec différents styles de musiques d’Afrique du nord déambulait avec des fanfares entre le 18ème et le 19ème et la soirée se clôturait par une grande fête au Cabaret Sauvage. J’avais géré toute la programmation de la scène Off Place Sainte Marthe dans le quartier de Belleville, Paris 10ème.
Mis à part cela, j’ai participé à l’organisation du festival Voix Mapuche, Voix de la Terre au Cabaret Sauvage avec le chanteur Sergent Garcia et la FIDH (Fédération Internationale des Droits de l’Homme) en soutien aux indiens Mapuche du Chili à qui on pille la terre de leurs ancêtres au profit de multinationales. Grand Corps Malade et d’autres slameurs étaient venus dire des textes à ce sujet, nous avions projeté un documentaire, un groupe de danse traditionnel entrait en scène, puis une chorégraphie autour de la lune et du soleil était proposée. En clôture il y avait un groupe mythique qui a été porte parole du peuple Mapuche pendant la révolution Pinochet : Les Kilapayun. Sergent Garcia terminait la soirée par un grand sound system.
Dernièrement j’ai programmé et coorganisé l’une des soirées consacrées à la Colombie au Cabaret Sauvage durant l’été 2010 pour le Festival Sin Fronteras. Des groupes de musique traditionnelle et actuelle étaient présents.
T.P. : Pour toi, quel est le fetival le plus important en île de France?
B.G. : Ca ne peut pas se résumer à un. Je dirais que ceux qui me semblent incontournables sont : Solidays car tous les styles et niveaux de groupes sont représentés. Mais aussi le festival Africolor en matière de diversité culturelle bien à l’image de la région parisienne. Pour le théâtre et danse : Paris Quartiers d’Eté et Les Tréteaux Nomades. Pour la danse on peut aussi citer le Festival Suresnes Cité Danses qui est devenu un pilier indispensable. Pour le cinéma, le festival estival parisien Silhouette. Et puis les superbes festivals du Parc de la Villette que ce soit ceux consacrés au Jazz, au Cirque, aux Musiques du Monde…

Thomas Paulvaiche
Bel interview qui a le mérite d'être clair et concis :) Bravo Boris ! joli parcours...maintenant, je te connais mieux :)
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